Corporate Action : pourquoi autant de résistance face à la nouvelle norme ISO 20022 ?
On a tous entendu parler de paiement de dividendes, de fusions, d’offres de rachat ou d’OPA.
Pourtant, la réalité opérationnelle de ces évènements de Corporate Actions (opérations sur titres) reste méconnue du grand public alors que la transition vers un nouveau standard de place impose de nouveaux défis aux acteurs de cet écosystème.
Comment ça fonctionne ?
Prenons le cas d'un émetteur qui propose une offre de rachat de titres.
Le CSD (le dépositaire central) envoie un message aux banques dépositaires, qui vont à leur tour relayer cette annonce à leurs clients.
Ces derniers devront envoyer leurs instructions à leurs banques : accepter l’offre en revendant leurs titres pour obtenir du cash/des liquidités, ou alors conserver leurs titres.
Les clients seront notifiés à réception de leurs instructions par les banques, puis lorsqu’ils recevront leur paiement final.
Toute cette communication est traitée via la messagerie SWIFT (Society of Worldwide Interbank Financial Telecommunications), supervisé par les banques centrales du G10, connectant 11 000 institutions dans 209 pays.
SWIFT, c’est LE réseau de messagerie bancaire sécurisé utilisé à travers le monde par les institutions financières.
Depuis des décennies, le traitement des Corporate Actions repose sur ce réseau SWIFT et sur le standard ISO 15022.
Ce standard ISO 15022 repose sur des messages de type MT (MT56x) structurés et codifiés avec des tags, qui autorisent l’ajout de narratif et c’est ce qui lui a permis d’être largement adopté par les acteurs du secteur.
Pourquoi c’est problématique ?
Ce standard historique est vieillissant et semble avoir atteint ses limites.
Le format trop rigide pousse à l’utilisation de champs narratifs sujets à interprétation et difficiles à exploiter automatiquement, et surtout, il n’est pas adapté aux évènements complexes.
En effet, la complexité de certains évènements de Corporate Actions avec leurs multi options, multi deadlines, sans compter les nombreuses spécificités marchés rendent l’utilisation de ces tags inappropriés.
Pour y remédier, les champs narratifs sont utilisés massivement par les custodians dans les MT564 notamment : ce sont des messages clés par définition, car ils servent à annoncer des évènements de Corporate Actions.
Ces narratifs reçus via les MT564 sont alors interprétés, puis enrichis manuellement par des équipes opérationnelles.
D’où un risque de mauvaise interprétation qui peut entrainer des pertes financières et remettre en cause la réputation des banques en cas de réclamation clients (retard traitement des instructions, …).
De plus, ces champs narratifs libres rendent quasiment impossible l’automatisation du processus de traitement des Corporate Actions.
Un nouveau standard ISO 20022
C’est sur ce constat qu’en Europe, certains acteurs comme les CSD et notamment la BCE et l’AMI-SeCo poussent vers la généralisation du nouveau standard ISO 20022 de type MX pour l’horizon 2030.
Le standard ISO 20022 repose sur des messages de type MX (format de type seev.xxx) : ce sont des données structurées, avec une architecture XML, permettant d'annoncer des événements les plus complexes, et qui répondent aux exigences réglementaires de plus en plus nombreuses (harmonisation européenne des acteurs du métier titres imposée par AMI-SeCo).
Avec à la clé, une meilleure automatisation, moins d’interprétation et de ressaisies, donc moins de risque et une meilleure robustesse opérationnelle côté banque.
Mais cette transition est loin d’être aussi simple.
Il y a une certaine résistance de la part de certains acteurs, notamment du côté des banques dépositaires et de leurs clients, qui ne sont pas prêts à embrasser cette nouvelle norme.
Au-delà des coûts de transition vers le standard IS0 20022, des coûts de maintenance dus à la coexistence des 2 standards ISO 15022 et ISO 20022 viendront accroitre la complexité opérationnelle.
Ce changement ne repose pas uniquement sur une conversion de format MT vers du MX, mais implique une refonte des interfaces, notamment dans la manière dont certaines données seront traitées et stockées.
Cette phase transitoire est à haut risque à cause de cette complexité technique.
Aujourd’hui vue comme un gouffre financier, cette transition devrait plutôt être perçue comme un levier de transformation pour les acteurs du secteur .
Les banques notamment ont tout à y gagner en accompagnant au plus vite leurs équipes opérationnelles et aussi leurs clients vers plus de fiabilité et la limitation du risque opérationnel
A l'heure de la recherche d'avantages compétitifs, l’inaction ou tout retard vers cette transition pèsera lourdement sur la performance des banques et leur rentabilité.
Comment nous vous accompagnons ?
Le regard de Laurence, Senior Business Analyst chez Groupe INGENA – DRiMS :
"Ce projet de migration MT vers MX nécessite avant tout un recensement exhaustif de tous les flux entrants et sortants au format MT, ainsi que l'identification de l'ensemble des applications impactées — côté banques comme côté clients.
Il est également essentiel définir une stratégie claire pour gérer la période de dualité, durant laquelle les deux standards MT et MX coexisteront.
Et ne pas sous-estimer la phase de tests, qui sera particulièrement longue : UAT, tests end-to-end, et surtout les tests côté clients, avant toute mise en production."
Chez Ingena, nous accompagnons nos clients à chacune de ces étapes : du cadrage initial jusqu'à la mise en production, en passant par la stratégie de coexistence et la coordination des tests avec l'ensemble des parties prenantes.
Nos experts sont disponibles pour vous accompagner dans cette transition.
Contactez-nous.
Pour aller plus loin
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Cet article a été rédigé par Laurence LIEUTIER, Senior Business Analyst chez Groupe INGENA – DRiMS.